Le camp d’internement

Internement de familles pendant la Seconde Guerre Mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le département du Loiret eut le triste privilège d’accueillir des camps à Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Jargeau.

En 1937, la municipalité de la ville de Beaune-la-Rolande avait doté ses administrés d’un magnifique terrain de sport et d’une salle de gymnastique avec douches ouvertes au public une fois par semaine. En 1938, sans que la population sache vraiment pourquoi, ce terrain de sport fut occupé par de nombreux baraquements, les baraques « Adrian ». Ceci ne présageait rien de bon. Ce sont ces sinistres baraques qui devaient devenir « le camp ».

A l’origine, chacun pensait que ce camp était destiné à recevoir les prisonniers Allemands qui seraient faits dès le début de la guerre… Néanmoins, quelque temps avant la déclaration de guerre, sous le ministère Daladier, la mairie de Beaune-la-Rolande avait reçu une enveloppe du ministère de la Défense avec la mention : “ A n’ouvrir qu’en cas de déclaration de guerre ”. Elle contenait les instructions pour aménager les baraques afin de recevoir les habitants du voisinage de la ligne Maginot qui, dans l’hypothèse d’une guerre avec l’Allemagne, devaient être immédiatement évacués. En fait, cet emplacement reçut en premier des prisonniers de guerre français après la défaite et ce, dès le mardi 18 juin 1940. Il y en eut au total jusqu’à 22.000, détenus dans des conditions de surnombre épouvantables. Dès leur arrivée, des soldats affamés se ruèrent dans un champ de blé voisin pour y manger directement les grains des épis. Certains moururent de dysenterie et furent inhumés dans le cimetière.

Rapidement, les autorités allemandes agrandirent ce sinistre camp. Quelques maisons et une ferme furent englobées et la route d’Auxy fut coupée. Le commandant était un officier autrichien. Les allemands contrôlaient le camp, ils logeaient dans les bâtiments de l’école des garçons. Les prisonniers étant en trop grand nombre, certains furent répartis dans les fermes voisines ou chez l’habitant aux alentours pour aider aux travaux (chez des artisans, des particuliers, dans des fermes…), mais surtout pour y être nourris. Ils devaient justifier d’un travail, aller pointer au début deux fois par semaine à la Kommandantur ou pour les autres communes, à la Mairie de celles-ci, puis ensuite tous les matins.

Mais un jour, après le pointage, on ne les laissa pas repartir. Ils furent alors transportés, pour la plupart par trains, depuis Beaune, dans les sinistres wagons que l’on connaît, puis répartis dans les camps de prisonniers en Allemagne. Le premier départ, le plus important, eut lieu le 4 octobre 1940. En mai 1941, plus de 2.000 juifs étrangers, des hommes (Polonais, Roumains), furent internés au camp de Beaune. Si les allemands contrôlaient toujours le camp, les gardiens furent variés, allant des gardes mobiles aux gardes auxiliaires et aux douaniers refoulés des côtes par l’occupant. Au début, les sorties et visites étaient possibles. Beaucoup se rendaient chez l’habitant, en ville ou dans les fermes environnantes. Certains y étaient hébergés ; ceux-ci devaient alors faire état de leur présence (pointer) tous les matins au camp comme les prisonniers en place.

Plusieurs, heureusement, purent s’échapper aidés, en particulier, par l’ancien député maire, le docteur Cabanis et les religieuses de l’hôpital mais aussi grâce à des habitants de Beaune. Puis la surveillance et la détention se durcirent et tous furent convoyés par trains depuis la gare de Beaune-la-Rolande dans des conditions inhumaines vers des camps d’extermination.

Internement de familles après la rafle du Vél’ d’Hiv

En juillet e
t août 1942 après la rafle du Vél’ d’Hiv, des familles juives (hommes, femmes et enfants), soit plus de 3.000 personnes, ont été internées à Beaune dans des conditions épouvantables, tout comme dans le camp de Pithiviers, avant d’être dirigées vers le camp d’extermination d’Auschwitz. Il est impossible de retracer ici dans toute leur horreur, les scènes qui se déroulèrent dans le camp lorsque les mères furent séparées de leurs enfants pour être déportées avant ceux-ci, début août 1942. Ce n’est que quelques semaines plus tard, depuis Berlin, que les autorités allemandes donnèrent leur accord pour la déportation des enfants.
En mars 1943, ce furent encore plus de 1.200 internés juifs qui arrivèrent à Beaune-la-Rolande venant de Drancy et partir peu après pour la mort. A cette époque, la population pensait que la destination de tous ces malheureux était l’Allemagne mais n’imaginait pas qu’ils allaient être l’objet d’une extermination quasi totale. L’Histoire nous a appris la suite.
Des monuments successifs rappellent la mémoire de ceux qui y séjournèrent et de quelques uns décédés sur place et enterrés dans le cimetière de Beaune. Une plaque commémorative a été également apposée sur la façade de l’ancienne gare de Beaune, rappelant les sinistres convois de déportation. Un premier monument commémoratif de la déportation des familles juives fut érigé en 1965 à l’endroit même où le camp était installé. Le monument vieillissant, une stèle plus imposante la remplaça. Elle fut inaugurée le 14 mai 1989, et depuis, y sont gravés les noms retrouvés de plus de 310 personnes ou familles qui furent internées dans le camp. Abattue par une tempête en 1990, elle fut réinstallée le 7 mai de la même année avec l’aide de la municipalité en place.Sur le monument, il est inscrit à la mémoire de tous ceux qui furent internés au camp de Beaune la Rolande : « Que cette pierre témoigne de la souffrance des hommes ».
Le camp sera fermé le 12 juillet 1943. Plus tard, il recevra des hollandais qui, avec l’avancée des troupes alliées, venaient d’Allemagne avant d’être rapatriés dans leur propre pays.Après la destruction du camp, en 1947, une école ménagère fut d’abord implantée sur ces lieux, puis un lycée agricole régional qui est toujours en place.
Régulièrement, chaque année depuis l’immédiat après guerre, une cérémonie du souvenir est organisée avec ferveur à Beaune-la-Rolande sur place par l’Union des déportés d’Auschwitz, en présence de l’Association des Fils et des Filles des déportés juifs de France, du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), du CERCIL (Centre de Recherche sur les Camps d’Internement du Loiret), de la Communauté juive d’Orléans et avec la participation des élus locaux et de la municipalité de la ville de Beaune-la-Rolande.A Beaune-la-Rolande, tous se recueillent devant la stèle de la rue des Déportés sur laquelle sont gravés les noms des juifs internés dans le camp de Beaune-la-Rolande, victimes de la barbarie nazie. Cette cérémonie est également tout particulièrement adressée aux enfants qui furent séparés de leurs parents avant d’être déportés et exterminés.A l’initiative des villes de Pithiviers, de Beaune-la-Rolande, de Jargeau, d’Orléans, de l’Université d’Orléans, du Centre de documentation juive contemporaine, du CRIF et de la Communauté juive d’Orléans, le CERCIL a été créé en 1991. Ce centre est un lieu de recherche, de mémoire et d’éducation pour les futures générations (CERCIL – 2, cloître Saint-Pierre-Le-Puellier – 45000 ORLÉANS – Tél. – Fax : 02 38 42 03 91 – cercil@wanadoo.fr )
Pour se rendre à la stèle commémorative des déportés :
– en sortant de l’autoroute A19, prendre la direction de Beaune-la-Rolande. La stèle se trouve sur la droite à l’entrée de la ville, sur un terre-plein qui jouxte le Lycée agricole.
– en sortant de Beaune-la-Rolande, prendre la direction de l’A 19. La stèle se trouve sur la gauche à la sortie de la ville.
Références bibliographiques :
Interné d’office … : Du camp d’internement de Beaune-la-Rolande à l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais. Les cahiers d’Abraham Zoltobroda. Les Editions du CERCIL, 2007, 152 p.
Sans oublier les enfants : les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande 19 juillet – 16 septembre 1942. – Eric CONAN ; Paris : Grasset, 1991, 222 p.
Le billet vert : la vie et la résistance à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, camps pour juifs, camps pour chrétiens, camps pour patriotes. – David DIAMANT ; Paris : Edition Renouveau, 1977, 334 p.
Cicatrices, 3 camps français : Pithiviers, Jargeau, Beaune-la-Rolande. – Lycée Duhamel du Monceau ; Le bar Floréal édition, 2000, 110 p.
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